Autour du TBI : quelques modèles

( Copyrights Thierry KarsentiProjet HETICE - CRIFA - Notes de cours de la formation HETICE )

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1) Le modèle ASPID (Karsenti)

Le modèle ASPID (adoption, substitution, progrès, innovation, détérioration) a pour objectif de modéliser le processus d’adoption et d’intégration pédagogique des technologies en contexte éducatif. ASPID s’est inspiré à la fois d’enquêtes menées auprès de plus de 50000 élèves et enseignants au cours des 10 dernières années, de même que de quelque 1500 heures d’observation de classe où sont utilisées diverses technologies: ordinateur portable, iPad, tablette tactile, tableau blanc interactif, téléphone intelligent, etc. Ces observations ont aussi été réalisées dans divers contextes d’enseignement –de la maternelle à l’université –et sur plusieurs continents.

La première phase de ce modèle représente la phase d’ADOPTION, où il est normal, au début du moins, que la familiarisation à l’intégration des technologies à son enseignement prenne plus de temps. Puis, il y a deux parcours très différents qu’un enseignant peut emprunter: le premier entraînera une DÉTÉRIORATION de son enseignement, puisque les principales lacunes pédagogiques auront été accentuées par un mauvais usage des technologies en contexte scolaire. L’autre parcours, c’est celui où l’on arrive à la phase de SUBSTITUTION. À cette phase, il est possible de reproduire ce que l’on faisait avant en salle de classe, avec la même efficacité relative, mais cette fois‐ci avec les technologies. Puis, il y a la phase de PROGRÈS où l’usage des technologies permet réellement d’enseigner de façon plus efficace. Il y a donc, à cette phase, un progrès marqué dans sa façon d’enseigner. Et ce progrès se répercute aussi sur les apprenants. Vient enfin la phase d’INNOVATION, voire même d’évolution dans l’acte d’enseigner, au sens darwinien. Là, il est possible d’enseigner ou de réaliser des tâches scolaires, avec l’aide des technologies, comme il n’aurait jamais été possible de le faire sans elles. Toutes les phases de ce modèle sont liées au niveau d’engagement collaboratif technopédagogique de l’enseignant. Néanmoins, il est important de comprendre qu’un engagement accru ne permettra pas nécessairement d’arriver au plus haut niveau. Cet engagement doit aussi être réfléchi, être fait en collaborant avec ses pairs(pour se former et s’informer), en étant à l’écoute de ses apprenants, en s’informant des dernières avancées dans le domaine des technologies en éducation, et ce, afin de réellement être en mesure d’évoluer dans sa pratique.

Enfin, un modèle d’adoption et d’intégration pédagogique des technologies en contexte éducatif ne saurait être complet sans prendre en considération le degré d’usage responsable des technologies par les apprenants, et ce, à des fins d’apprentissage. Autrement dit, selon le modèle ASPID et donc selon ma perspective de l’adoption et de l’intégration pédagogique des technologies à des fins d’enseignement et d’apprentissage, il est à la fois impératif de:

  1. chercher à progresser comme enseignant vers le niveau INNOVATION
  2. viser à ce que tous les apprenants utilisent de plus en plus les technologies, de façon responsable, et pour apprendre.

Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis - Télécharger l'enquête complête de Thierry Karsenti - Télécharger les faits saillants de l'enquête de Thierry Karsenti.

2) Modèle de progression dans l'intégration du TNI en classe

Beauchamp (2004) propose un modèle en cinq niveaux d’introduction progressive du tableau blanc/numérique interactif (TBI/TNI) en classe du primaire.

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Substitut du tableau noir
L’enseignant utilise le logiciel dédié du TNI pour écrire et dessiner, comme avec un tableau noir.
L’enseignant présente un texte écrit qu’il a préparé.
Les changements effectués au TNI sont rarement sauvegardés.
Les élèves écoutent et regardent. Ils n’utilisent pas le TNI eux-mêmes.

Utilisateur apprenti 
L’enseignant utilise de manière linéaire des activités qu’il/elle a préparées à l’avance, et ce, dans les matières de base. Les modifications apportées en cours de leçon sont sauvegardées pour faire des retours avec les élèves.
L’enseignant commence à avoir recours à d’autres programmes (par exemple, PowerPoint) que le logiciel dédié, à des images pour « décorer » ses documents et à des ressources disponibles sur Internet et sur le portail de sa commission scolaire.
L’enseignant adopte progressivement un rôle d’observateur, facilitateur et médiateur, alors qu’il donne de plus en plus de responsabilités à ses élèves dans leurs apprentissages.
L’enseignant et les élèves utilisent un vocabulaire spécifique au TNI.
Les élèves écrivent, encerclent, surlignent et déplacent les contenus, selon les consignes de l’enseignant.

Utilisateur initié
L’enseignant est conscient du potentiel du TNI pour changer et améliorer ses pratiques pédagogiques.
L’enseignant commence à utiliser simultanément une plus grande variété de programmes disponibles sur le TNI, particulièrement lors de l’introduction d’une leçon, et ce, dans toutes les matières à enseigner.
L’enseignant utilise une variété de ressources disponibles dans les programmes (par exemple, des sons) et sur Internet.
Les élèves interagissent de plus en plus avec le TNI. Ils utilisent différents outils disponibles dans le logiciel du TNI, mais toujours selon la séquence et le mode d’interaction planifiés par l’enseignant.

Utilisateur avancé
L’enseignant s’éloigne progressivement d’un enseignement linéaire et utilise des hyperliens, différents types de fichiers (travaux d’élèves, leçons antérieures, textes, images, sons, vidéos) et de périphériques pour bonifier son enseignement et faciliter la compréhension des contenus par les élèves.
L’enseignant délègue plus de pouvoir aux élèves en utilisant, par exemple, des périphériques (comme une tablette graphique, des télévoteurs, etc.)
Les élèves utilisent fréquemment et avec confiance le TNI, souvent de manière spontanée (non planifiée par l’enseignant).

Utilisateur synergique
L’enseignant et les élèves utilisent le plein potentiel du TNI de manière compétente, égale, fluide et intuitive pour coconstruire des connaissances.
Le TNI constitue dans la classe un outil qui fait partie intégrante de l’enseignement et de l’apprentissage des élèves.

Référence : Beauchamp, G. (2004). Teacher Use of the Interactive Whiteboard in Primary Schools: towards an effective transition Framework. Technology, Pedagogy and Education, 13(3). 327-348. 

3) Modèle de progression dans les interactions

Beauchamp et Kennewell (2010) propose un cadre d’analyse en cinq niveaux de l’interaction lors de l’utilisation du tableau blanc/numérique interactif (TBI/TNI) en classe.

beauchamp2010

Sans interaction
L’enseignant présente à l’ensemble du groupe un contenu au TNI. Il est en contrôle du rythme de la leçon.
Les élèves absorbent l’information transmise.
Le TNI est utilisé comme outil de projection.

Interaction autoritaire
L’enseignant planifie une tâche au TNI impliquant des questions et des choix de réponse prédéterminés. Il contrôle le rythme de la leçon et décide quels élèves vont au TNI.
Les élèves font des choix parmi des options limitées et prédéterminées par l’enseignant. Ils sont engagés dans des tâches d’association, de classification ou d’identification.
Le TNI est utilisé de manière « réactive ».

Interaction dialectique
L’enseignant guide les élèves vers la compréhension d’un contenu. En cours de leçon, l’enseignant sélectionne diverses ressources du TNI en fonction des réponses et idées des élèves.
Les élèves peuvent démontrer et justifier leurs idées à la classe avec le TNI.
Le TNI est utilisé de manière « constructive ».

Interaction dialogique
L’enseignant propose, par son questionnement, une structure souple qui attire l’attention des élèves vers les enjeux importants et les stratégies pertinentes.
L’élève a une plus grande influence sur le déroulement de l’activité.
Le TNI est utilisé par les élèves comme un outil de recherche, d’exploration de leurs idées et de vérification de leurs trouvailles. Le TNI devient alors un outil au moyen duquel se déroule l’interaction entre les élèves.

Interaction synergique
L'usage du TNI est partagé équitablement entre l’enseignant et les élèves pour coconstruire des apprentissages (explorer des idées, les sauvegarder, les revoir, les modifier et générer des solutions sophistiquées).

Le TNI permet l’exploration et le partage d’outils métacognitifs qui rendent, notamment, visible le point de vue des élèves.

Référence : Beauchamp, G. et Kennewell, S. (2010). Interactivity in the classroom and its impact on learning. Computers & Education, 54, 759–766.

4) Exemple de progression dans l'apprentissage des fonctionnalités

Dessus et Soubrié (2010) précisent que l’utilisation du TBI n’est simple pour personne, et qu’une progression dans l’apprentissage de ses fonctionnalités était à suivre. Macedo-Rouet (2010, p. 102) présentent d’intéressantes progressions (à la fois à destination des enseignants et des élèves) :

  1. utilisation du TBI comme un tableau blanc “classique” (écrire à la main);
  2. utilisation de textes et images choisis et écrits à l’avance ;
  3. diffusion d’une présentation, le TBI servant d’écran ;
  4. idem, mais avec l’outil d’annotation ;
  5. utilisation des fonctionnalités de déplacement de textes/graphiques ;
  6. utilisation du déplacement entre écrans enregistrés ;
  7. importer des images et des sons ;
  8. utilisation de liens hypertextes entre pages ;
  9. utilisation de liens hypertextes entre programmes ;
  10. préparation d’une librairie de ressources pédagogiques pour le TBI.

5) Modes de regroupement des élèves autour d'un TBI

Quels peuvent être les différents modes de groupement des élèves autour d’un TBI ? Warren (s. d.) décrit les suivantes :

  • utilisation solitaire : un élève à la fois devant le TBI, sans médiation de l’enseignant ;
  • utilisation en classe complète : un élève à la fois devant le TBI, médiatisé par l’enseignant ;
  • utilisation en classe complète TBI non médiatisé : les élèves sont par groupes, l’enseignant joue le rôle de facilitateur et est en retrait.

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